Des rencontres comme si vous y étiez

2 Mar

Décidément les rencontres autour du numérique se multiplient et il ne se passe pas de jour sans que l’intégration des outils dans le monde éducatif, l’évolution des usages des enseignants soient interrogés dans des tables-rondes, des mini-conférences, des entretiens.

Canal Eduter est une initiative de l’institut Eduter (Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche du Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire) :  6  journées de rencontres avec trois à quatre intervenants  par rencontre (chercheurs, représentants d’administrations centrales ou de collectivités territoriales, enseignants,  formateurs,  industriels ou  éditeurs).

Toutes les rencontres sont en ligne et si vous avez la chance d’y assister en direct, participatives via un espace de questions.
http://video.educagri.fr/flowplayer/flowplayer-3.2.6/flowplayer-3.2.6.swf

Deux interventions m’ont semblé remarquables dans leur approche contrastée : celle de Jacques Fayet, chef de projet e-learning et formateur en formation continue, « L’enseignement et la formation professionnelle continue : les nouveaux usages du numérique » et celle d’Alain Chaptal, , chercheur, membre de l’université Paris 8.« TICE : quiproquos d’hier et d’aujourd’hui, pistes d’évolution possibles ».

Le premier est un enseignant enthousiaste et novateur, convaincu que le savoir est à portée de chacun avec internet et que les enseignants doivent s’appuyer sur des exemples charismatiques, que le prof  a des leçons à prendre aux communicateurs, aux journalistes, aux publicitaires, notamment en terme de formats pour ses cours. Il cite beaucoup de personnes qui nous sont familières et dessine une constellation de stars  sur notre petit coin de galaxie technophile : Christophe Batier, François Jourde, Michel Serres (dont le texte paru sur le Monde en 2011 n’a pas fini de tourner comme une bible dans le milieu éducatif !).

Le second est plus critique et replace les engouements dans un contexte comparatif : il connait très bien les USA et l’Angleterre et se positionne avec beaucoup de malice en disant qu’il fait partie du réseau des pédagogues experts de Microsoft et qu’on est en droit de le soupçonner de biais dans ses analyses (ce que ses propos démentiront plus loin). Il rappelle que depuis longtemps l’enseignement est une activité instrumentée  dont les outils, depuis le tableau, avaient plusieurs fonctions :

  • une fonction d’enrichissement du cours d’abord. En Angleterre, on utilise massivement les TICE mais on reste cantonné dans des usages classiques ( technologies de présentation comme les TBI). Aux USA, seuls 30% des enseignants utilisent des wikis, des blogs, ou encore les réseaux sociaux. C’est à peu près le même chiffre en France où les enseignants, alors qu’ils préparent leur cours avec internet dans leur majorité, ne sont que 32% à l’intégrer dans leurs pratiques de classe.
  • une fonction de changement des pratiques : on a souvent prêté  aux outils un pouvoir révolutionnaire, radical. Cette voie est pour Alain Chaptal sans issue. Il cite ces propos d’Henri Dieuzède, extrait de « Marchands et prophètes en technologie de l’éducation »  ouvrage datant de 1982 :

« Le prophète audiovisuel n’a rien à envier à son confrère religieux : fervent, inspiré, il rejette les systèmes existants, il annonce la venue d’une ère nouvelle, la réforme de l’éducation, le salut par la machine. Chacun est invité à choisir et à adhérer. »

  • une fonction d’évaluation à partir des traces, phénomène récent aux USA (2000). Depuis quelques années Alain Chaptal constate la montée de l’évaluation, une politique de tests systématiques aussi bien pour les élèves que pour le enseignants qui s’appuie bien sûr sur le développement du numérique et sur la promotion du e-learning. Il est assez sévère avec les derniers concepts à la mode comme Le FLIP model et la Khan Académy qui véhiculent selon lui la pire pédagogie transmissive, comme pour la formule, empruntée au monde de l’Entreprise du « Apportez vos propres outils » (Bring Your Own Technology), qui permettrait aux organisations de faire endosser aux particuliers, étudiants ou salariés, la responsabilité et le coût des outils numériques.

Deux postures tout aussi  légitimes : l’énergie et le plaisir manifestes à expérimenter grâce aux nouveaux outils des échanges ouverts et créatifs avec les étudiants et les collègues, et le souci que ces nouveaux outils, avec leurs opérateurs et  leurs agents communicateurs puissants,  ne soient pas le véhicule d’une privatisation du système éducatif.

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