Evaluation

La question de l’évaluation en FLE mérite d’être placée dans un contexte plus large, qui est celui de l’évaluation  » à la  française », lui-même enchâssé dans un problème plus large  qui est celui de l’évaluation en Europe et partout ailleurs.

Evaluer à la Française qu’est-ce que cela veut dire ?

Lors du  colloque du CIEP « Un seul monde, une seule école ? » du 12 au 14 mars 2009 qui réunissait des intervenants de 25 pays autour de la diversité des modèles éducatifs, Denis Meuret, auteur de l’ouvrage « Gouverner l’école », constatait  : « Aujourd’hui la culture de l’évaluation n’a pas réussi à se mettre en place en France : les outils, souvent superbes, ne sont pas utilisés, les projets de pilotage ne sont pas suivis. Le système éducatif français considère encore que l’erreur est honteuse, l’évaluation une menace et que les élèves sont responsables de leurs échecs. Outre-Atlantique, l’erreur est normale, l’évaluation fait partie des habitudes et l’école est responsable des échecs des élèves. L’école française est là pour sauver la société et n’a pas à lui rendre de comptes, l’école américaine fait partie de la société et doit lui rendre des comptes. »

Qu’en est-il aujourd’hui en 2011 ? »

Rien de nouveau sous le soleil si l’on en croit ce récent billet de Pierre Frackowiak compagnon de Philippe Meirieu.
L’évaluation : supprimer les angoisses inutiles et faire du neuf.

  • Evaluation et « objectivité« 

L’évaluation comme message
Jacques Nimier propose un dossier sur l’évaluation sur son site « Les facteurs humains dans l’enseignement et la formation d’adultes « qui constitue un excellent préambule à une réflexion sur l’évaluation. L’évaluation est nécessaire pour l’élève, l’enseignant, l’institution mais c’est tout le mythe de l’évaluation objective qui doit tomber. L’évaluation scolaire traditionnelle y est écartée à partir de ses incohérences et de ses faiblesses.

Voir : Renoncer à évaluer sur le site de François Muller.

Des chercheurs se sont interrogés sur les sources d’erreurs des procédures d’évaluation traditionnelles. Comme le dit Jacques Nimier, « La prise de conscience de la complexité de l’évaluation doit amener à relativiser les résultats et à introduire une souplesse dans ses conséquences, en particulier dans l’orientation « .

François Muller énumère quelques discordances repérées dans les pratiques d’évaluation dans un dossier sur l’évaluation à partir des travaux d’André de Peretti.

  • L’évaluation à tous les étages

Dans cet ordre d’idées on lira l’article du Mensuel de l’université (1er juin 2009): La notation des copies est-elle devenue une “loterie”?

Evaluer à l’européenne, qu’est-ce que cela veut dire ?

  • L’évaluation et le Cadre Européen Commun de référence

evaluation

Si on veut cependant rester plus proche de la problématique de l’évaluation en didactique des langues, on se référera à notre spécialiste, Christian Puren. L’évaluation a-t-elle un sens ? est un document très parlant de Christian Puren sur quatre modèles de sens d’évaluation : le modèle vertical descendant (tristement français !), le modèle vertical ascendant (celui du CECR), le modèle horizontal (anglo-saxon), et le modèle transversal (perspective actionnelle).

Le CECR se situerait donc dans un modèle ascendant :

« Encourager la culture de l’évaluation chez les professionnels » fait partie des projets du Centre Européen des langues vivantes de Graz de 2008 à 2011.

Angela Piccardo

ET l’évaluation  en ligne ?

Le document stimulant que Lucie Audet a préparé pour le Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada REFAD démontre, de nombreux exemples à l’appui, que l’évaluation en ligne est un outil de formation et d’individualisation remarquable.

L’étude commence par une analyse des facteurs économiques, technologiques, sociaux et pédagogiques qui contribuent au développement de l’évaluation en ligne, puis tente de faire le tour de ses pratiques et de ses modèles, aborde la question délicate du plagiat et s’achève par un examen des évolutions à venir.

De bonnes questions :

L’évaluation comme nécessité économique

Nombre d’institutions sont passées à des évaluations en ligne et les environnements d’apprentissage devenus courants intègrent tous des outils d’évaluation . Cette influence de la gestion administrative des formations exerce une pression très forte pour une rationalisation de l’évaluation des cursus : crise oblige, il faut sélectionner vite et bien, pour le dire crûment. La standardisation des mesures crée des tensions un peu partout, que ce soit dans les universités ou les écoles. La psychométrie impose des logiques parfois bien éloignée des exigences d’un bon enseignement. Tout semble converger pourtant vers cette question cruciale quelque soit le système éducatif : qui touche aux évaluations touche à l’ensemble d’un système d’enseignement et d’apprentissage.

L’évaluation en ligne ne peut s’effectuer sans planification ni diversification des approches

Toute activité d’enseignement ne peut s’entreprendre sans énonciation des objectifs de la formation et sans précisions sur le types de compétences que l’on cherche à développer : leur mise en ligne facilite leur identification, leur partage entre différents enseignants. C’est une étape qui reste souvent négligée, que l’on traite comme une formalité encroûtée par des années de pédagogie par objectifs alors qu’elle est au cœur de la formation. Internet obligerait également à la réalisation d’activités d’évaluation plus larges qui mettent en jeu des « compétences diversifiées, incluant par exemple la créativité ou la collaboration ». La construction d’un bon système d’évaluation adapté à son public est ainsi « une occasion de réflexion », à saisir d’urgence.

L’évaluation en ligne donne plus de possibilité de rétroaction

La technologie permet de standardiser des corrections tout en donnant la possibilité de les individualiser mais le plus souvent, il faut bien l’avouer, elle ne soulage pas beaucoup l’enseignant du vieux travail redoutable de corrections de copies. Que ce soit avec les logiciels de traitement de texte, les versions modifiables des fichiers PDF, ou des outils spécialisés comme Markin, il ne semble pas que les solutions miracles aient été trouvées, d’autant que les étudiants ne prêtent pas toute l’attention qu’il faudrait à ces rétroactions. Nicholas Walker, au Collège Ahuntsic, explique comment il utilise Moodle et son glossaire  pour aider les étudiants à corriger leurs fautes de rédaction en anglais :  « La correction sur mesure avec Moodle ». C’est tout un champ de potentialités qui s’ouvre ici, avec sans doute pour l’enseignant un gros effort de  construction du glossaire qu’il peut d’ailleurs partager avec ses collègues ou avec ses étudiants mais davantage d’autonomie pour les étudiants ensuite,et par conséquent moins de moments accordés aux évaluations individueles pour l’enseignant.
Une autre voie de rétroaction renouvelée intègre la voix et permet d’apporter des commentaires oraux à partir de copies d’écran. Un certain nombre d’outils ont fait leur preuve dans des contextes que Luce Audet décrit.

L’évaluation en ligne oblige à s’interroger sur les pratiques de fraude

Le chapitre sur le plagiat décrit les causes et l’évolution du phénomène, sans vouloir en réduire l’importance croissante avec internet. Si l’information, la prévention ne suffisent pas, les Canadiens croient beaucoup au développement des compétences informationnelles. Comme le dit Daniel  Peraya qui est ici cité « Si l’on veut éviter le plagiat, il faut améliorer les compétences en recherche et développer le sens critique dans le traitement de l’information ». Il est donc impératif de former à l’éthique et à la responsabilité, à la recherche documentaire, à la production écrite mais plus profondément, il faut repenser l’évaluation non plus en termes frileux et défensifs contre les pratiques de copier-coller mais bien comme un moyen de mesurer des habiletés de plus haut niveau que la simple mémorisation de savoirs (analyse, synthèse, confrontations de documents) au moyen d’évaluations « plus variées et plus continues ».

Une approche essentiellement nord-américaine ?

Cette étude est un excellent prolongement des approches européennes sur l’évaluation qui partent d’autres champs comme la psychologie ou la docimologie, comme celles de François Muller ou Jacques Nimier, ou s’inscrivent dans une critique plus politique des modes de contrôle des institutions comme celle de d’Alain Chaptal.

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